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14 nov. 2025
8 min.

Retraite ajournée en Suisse : bonne idée pour votre retraite de frontalier ?

Retraite ajournée en Suisse : bonne idée pour votre retraite de frontalier ?

Beaucoup de frontaliers redoutent le moment où ils feront le point sur leur retraite. Carrière morcelée entre France et Suisse, périodes à temps partiel, interruptions pour les enfants ou un projet perso… Au final, la rente annoncée paraît souvent trop juste pour maintenir votre niveau de vie.

Pourtant, il existe un levier souvent méconnu pour améliorer cette situation : la retraite ajournée. Concrètement, il s’agit de repousser le début du versement de votre rente suisse pour obtenir, en échange, une majoration de votre AVS. Une option intéressante, surtout si vous n’avez pas une carrière complète ou si vos années les mieux rémunérées se situent en fin de parcours.

Mais ajourner sa retraite ne se résume pas à « travailler plus longtemps coûte que coûte ». Il faut tenir compte de votre santé, de vos projets personnels, de vos revenus actuels (salaire, LPP, 3ᵉ pilier, immobilier…) et bien sûr des règles propres aux frontaliers. Mal utilisée, la retraite ajournée peut perdre de son intérêt, voire peser sur votre fiscalité.

Pour mieux comprendre en quoi consiste la retraite ajournée, suivez le Guide !

Retraite ajournée : définition et principe

Qu’est-ce que la retraite ajournée pour un frontalier ?

Pour bien situer la retraite ajournée, il faut la comparer aux deux autres options :

  • Retraite anticipée
    Vous demandez votre rente avant 65 ans. En échange, votre rente est réduite de manière définitive. Plus vous anticipez, plus la réduction est importante.Utile si vous avez besoin de lever le pied plus tôt, mais rarement favorable quand vous avez déjà des lacunes de cotisation.
  • Retraite ordinaire
    Vous demandez votre rente à 65 ans, l’âge légal actuel pour les hommes comme pour les femmes. Vous touchez le montant calculé en fonction de vos années de cotisation et de votre revenu moyen déterminant. C’est la « version standard » : ni bonus ni malus.
  • Retraite ajournée
    Vous avez 65 ans, vous remplissez les conditions, mais vous choisissez de décaler le début du versement de votre rente. En échange, vous obtenez une majoration de votre AVS.Stratégie intéressante si vous continuez à travailler, si vos revenus restent confortables et si vous cherchez à renforcer votre rente future.

La retraite ajournée consiste donc à dire à l’AVS :

« J’ai atteint l’âge légal et je pourrais toucher ma rente, mais je choisis d’attendre encore un peu. »

En contrepartie de ce report, votre rente AVS est majorée. Plus vous attendez (dans les limites prévues par la loi), plus la majoration est importante. Pour un frontalier qui craint d’avoir une retraite « trop légère » à cause d’une carrière morcelée, ce mécanisme peut devenir un vrai levier pour améliorer le montant de la rente à vie.

Exemple typique de frontalier :

Vous atteignez 65 ans, vous êtes en bonne santé et votre poste reste indispensable au fonctionnement de l’entreprise. Vous appréciez votre travail et vos responsabilités. Vous n’avez pas une carrière complète en Suisse, car vous avez commencé à travailler comme frontalier à 44 ans, à la suite d’une opportunité professionnelle. En ajournant votre retraite, vous continuez à percevoir un bon salaire, vous cotisez encore à l’AVS et vous préparez une rente majorée pour plus tard, malgré vos années manquantes.

Comment fonctionne l’ajournement de la retraite AVS (délais, conditions, démarches)

Pour pouvoir ajourner votre retraite, vous devez respecter plusieurs règles :

  1. Remplir les conditions de la retraite ordinaire
    Vous devez avoir atteint l’âge légal de la retraite suisse et rempli les conditions classiques d’ouverture du droit à la rente.
  2. Décider de repousser le versement
    Vous choisissez de décaler le début de votre rente d’au minimum plusieurs mois. Pendant cette période d’ajournement :
    • vous pouvez continuer à travailler,
    • vous pouvez aussi arrêter de travailler mais vivre de vos autres revenus (épargne, LPP, loyers, etc.).
  3. Informer l’AVS dans les délais
    Vous ne pouvez pas ajourner « par défaut ». Vous devez annoncer clairement votre décision d’ajourner à la caisse de compensation AVS, via les formulaires officiels. Sans demande, la rente ordinaire peut être versée, et vous perdez l’effet de l’ajournement.
  4. Choisir la durée d’ajournement
    Vous ne vous engagez pas forcément pour une durée fixe dès le départ, mais la loi encadre la période durant laquelle vous pouvez ajourner. Plus la durée est longue, plus la majoration sera importante.

Retraite ajournée : droits à la retraite

Majoration de la rente AVS : comment fonctionne le bonus d’ajournement ?

Lorsque vous ajournez votre rente AVS, vous renoncez à la toucher pendant un certain temps après 65 ans. En échange, vous recevez ensuite une rente plus élevée à vie. Ce bonus n’est pas lié au fait de continuer à travailler, il est lié uniquement au report du versement.

Vous pouvez ajourner votre rente :

  • au minimum d’1 an,
  • au maximum de 5 ans,
  • de manière totale ou partielle (par exemple ajourner seulement une partie de la rente).

Le supplément de rente dépend de la durée exacte de l’ajournement. Les caisses AVS publient un tableau officiel qui sert de référence. Voici une version simplifiée pour vous repérer.

Tableau des suppléments de rente en cas d’ajournement AVS

Les pourcentages ci-dessous montrent de combien votre rente AVS est majorée en fonction de la durée de l’ajournement.

Durée d’ajournement 0–2 mois 3–5 mois 6–8 mois 9–11 mois

1 an

5,2 %

6,6 %

8,0 %

9,4 %

2 ans

10,8 %

12,3 %

13,9 %

15,5 %

3 ans

17,1 %

18,8 %

20,5 %

22,2 %

4 ans

24,0 %

25,8 %

27,7 %

29,6 %

5 ans

31,5 %

Concrètement :

  • un ajournement d’environ 1 an donne un bonus d’environ 5 à 9 %,
  • un ajournement de 3 ans donne un bonus d’environ 17 à 22 %,
  • un ajournement de 5 ans donne un bonus d’environ 31,5 %.

Ce supplément est ajouté à votre rente pour toute la durée de votre retraite.

Impact sur votre rente AVS : un exemple concret

Imaginons un frontalier qui aurait droit, à 65 ans, à une rente AVS de base de CHF 1'800 par mois (avant ajournement).

  • S’il ajourne sa rente de 3 ans avec un bonus d’environ 20 % (ordre de grandeur), sa rente deviendra :
    • CHF 1'800 × 1,20 ≈ CHF 2'160 par mois.
  • S’il ajourne sa rente de 5 ans, avec un bonus de 31,5 %, la rente passerait à :
    • CHF 1'800 × 1,315 ≈ CHF 2'367 par mois.

Ces chiffres restent des exemples approximatifs. Le montant exact dépend de votre situation personnelle (durée de cotisation, revenus moyens, éventuels autres facteurs). Mais cela montre l’idée :

En acceptant de patienter, vous transformez une rente de base plus faible en rente plus confortable, ce qui peut compenser partiellement une carrière incomplète.

Et si vous arrêtez de travailler à 65 ans ?

C’est un point important pour beaucoup de frontaliers :

  • Oui, la rente augmente même si vous ne travaillez plus après 65 ans.
  • Le bonus d’ajournement est accordé parce que vous reportez le début du versement, pas parce que vous continuez à cotiser.

En revanche :

  • Si vous continuez à travailler après 65 ans, vos revenus supplémentaires peuvent, dans certains cas, être pris en compte dans le calcul de la rente AVS et améliorer encore le résultat final. Ce mécanisme de recalcul est traité à part dans la documentation de l’AVS.

Vous pouvez donc :

  • soit ajourner en restant actif (et cumuler salaire + futur bonus sur la rente),
  • soit ajourner sans activité, en vivant de vos autres revenus (LPP, 3ᵉ pilier, immobilier…), tout en améliorant votre rente AVS future.

Et la LPP / 2ᵉ pilier et le 3ᵉ pilier dans tout ça ?

L’ajournement concerne d’abord la rente AVS (1er pilier). Mais vos décisions autour de 65 ans ont aussi des effets sur :

  • La LPP / 2ᵉ pilier :
    • Certains règlements de caisses de pension permettent de retarder la rente LPP (souvent jusqu’à 70 ans), avec une majoration du taux de conversion et parfois des années de cotisation supplémentaires si vous continuez à travailler.
  • Le 3ᵉ pilier :
    • Il est en général possible de retarder le retrait du 3ᵉ pilier de quelques années après l’âge de référence, surtout si vous restez en activité, ce qui influe sur la fiscalité et le calendrier de vos retraits.

L’essentiel à retenir pour un frontalier :

  • l’ajournement AVS est un levier spécifique pour augmenter la rente du 1er pilier,
  • il se combine avec les choix que vous faites pour la LPP et le 3ᵉ pilier,
  • l’enjeu est d’aligner date de retraite, besoins de revenus et fiscalité de manière cohérente.

Retraite ajournée et fiscalité franco-suisse

La retraite ajournée ne joue pas seulement sur le montant brut de votre rente AVS. En tant que frontalier, vous devez aussi regarder l’impact fiscal de ce choix, côté Suisse et côté France. L’objectif n’est pas seulement d’augmenter la rente, mais de savoir combien il vous restera vraiment en net.

Où êtes-vous imposé sur votre rente AVS ajournée ?

Pour un frontalier, la question clé est la suivante :

« Où ma rente de retraite sera-t-elle imposée : en Suisse, en France ou dans les deux pays ? »

En règle générale :

  • Si vous vivez en France à la retraite, vos revenus (rente AVS, LPP, 3ᵉ pilier, etc.) entrent dans le champ de l’impôt français, avec l’application de la convention fiscale franco-suisse selon les types de revenus,
  • Si vous vous installez en Suisse, vous serez imposé selon le système suisse (impôt à la source ou déclaration selon le canton, situation familiale, etc.).

L’ajournement ne change pas le pays compétent, mais il peut modifier :

  • le montant imposable,
  • votre tranche d’imposition (puisque la rente sera plus élevée),
  • la manière dont vos différents revenus se cumulent.

Revenus d’activité + rentes : attention à l’effet « palier fiscal »

Si vous continuez à travailler après 65 ans, vous pouvez vous retrouver pendant un certain temps avec :

  • un salaire (ou revenu d’indépendant),
  • éventuellement des revenus locatifs ou financiers,
  • et, si vous ne l’ajournez pas, une rente AVS qui commence à 65 ans.

Dans ce cas, tout ce petit monde s’additionne pour former votre revenu imposable global. Résultat :

  • votre taux d’imposition peut grimper,
  • une partie de votre rente AVS risque de se retrouver taxée à un taux marginal plus élevé.

L’un des intérêts d’ajourner votre retraite peut être de limiter cette surcharge fiscale temporaire :

  • vous gardez votre salaire,
  • vous évitez de cumuler tout de suite salaire + rente AVS,
  • vous déclenchez la rente plus tard, quand vous ne percevez plus de revenus d’activité.

Autrement dit, vous acceptez de décaler dans le temps la rente AVS pour la toucher à un moment où votre revenu global sera plus bas… ce qui peut réduire son imposition effective.

Bonus de rente = plus d’impôt… mais aussi plus de revenu net

Avec la retraite ajournée, votre rente AVS augmentera mécaniquement. Cela signifie aussi que :

  • le montant taxable sera plus élevé,
  • mais dans la majorité des cas, le gain net reste positif, même après impôt.

La question à se poser n’est donc pas :

« Vais-je payer plus d’impôts ? »

Mais plutôt :

« Après impôts, est-ce que je garde plus de revenu net grâce à l’ajournement ? »

Pour un frontalier, ce calcul dépend de plusieurs paramètres :

  • votre lieu de résidence à la retraite (France ou Suisse),
  • la composition de vos autres revenus (LPP, 3ᵉ pilier, immobilier, épargne),
  • votre situation familiale,
  • le moment où vous décidez d’arrêter définitivement de travailler.

Vous pouvez très bien vous retrouver dans une situation où :

  • votre rente augmente de, par exemple, 20 %,
  • vos impôts progressent, mais dans une proportion moins importante,
  • au final, votre restant à vivre s’améliore.

Articuler ajournement, LPP et 3ᵉ pilier : éviter les « pics » de fiscalité

La retraite ajournée ne se décide pas isolément. Elle se combine avec :

  • la liquidation de votre 2ᵉ pilier (LPP) : en capital, en rente ou en mix,
  • le retrait éventuel de votre 3ᵉ pilier,
  • vos autres revenus patrimoniaux.

L’enjeu, pour un frontalier, est souvent d’éviter les pics de fiscalité :

  • un gros capital de LPP retiré une année donnée,
  • un retrait de 3ᵉ pilier très proche,
  • et en plus une rente AVS qui commence à 65 ans…

En jouant sur l’ajournement de l’AVS, vous pouvez parfois :

  • décaler le début de la rente à une période où vous n’avez plus de gros retraits de capital,
  • lisser vos revenus dans le temps,
  • et essayer de rester dans des tranches d’imposition plus raisonnables.

Cela ne veut pas dire que l’ajournement est systématiquement la meilleure option. Mais cela devient un levier de réglage : vous agissez non seulement sur le montant de la rente, mais aussi sur le moment où elle sera imposée.

La retraite ajournée peut améliorer sensiblement votre rente AVS, surtout si vous avez commencé à travailler tard en Suisse ou si votre carrière est incomplète. En reportant le début de votre rente, vous obtenez un bonus durable sur votre revenu de retraite.

Mais cette stratégie n’a de sens que si votre situation le permet : santé compatible, autres ressources suffisantes et budget qui reste équilibré sans la rente AVS immédiate.

Avant de vous décider, prenez le temps de vérifier vos droits, de faire quelques simulations et de comparer plusieurs scénarios. L’essentiel est de trouver le bon compromis entre montant de la rente, fiscalité et qualité de vie à la retraite.

Si vous avez besoin d'un accompagnement pour mesurer quel sera l'impact d'un ajournement sur vos futures rentes AVS, le Guide du Frontalier vous recommande son partenaire, Adavia et ses conseillers spécialisés en planification retraite.


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